Presse

« Teaser » CHOIX VITAL: Parole & Cancer, réalisation Guillaume Carvalho (2012):

https://www.youtube.com/watch?v=gMJ4iz4XBdc

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Au cœur d’un groupe de parole : par Anne-Laurence Fitère (Journaliste & Editrice. Copyright 2010 ©)

MDA de Paris 7ème. Libérer la parole, s’épauler face à la maladie, voilà ce que proposent deux anciens malades du cancer, dont l’un d’eux est aussi oncologue. Qui vient y trouver refuge ? Et que se noue-t-il de beau, d’émouvant, de triste derrière ces portes ? Plongée dans le groupe de parole de l’association CHOIX VITAL : Parole et Cancer®. Le Dr Claude Alain Planchon qui exerce au département de la médecine nucléaire à l’Hôpital Américain à Neuilly, et son comparse Robert Delplanque, sont d’anciens malades du cancer. Quelque peu miraculés il est vrai, puisque chacun fut en son temps confronté à un bien sombre pronostic vital. Bien des années plus tard, ils ont crée CHOIX VITAL : Parole et Cancer®. Cette association est la branche française du plus grand groupe de paroles aux Etats-Unis, Vital Options® International, fondé par une ex malade très énergique, Selma R.Schimmel.

« Il y a dix ans, on me regardait de haut, en me taxant de cancéro de salon ! », plaisante le Dr C.A. Planchon. « Après avoir connu des débuts difficiles qui en auraient découragé plus d’un (combien de fois ne nous sommes nous pas retrouvés à deux ou trois pour assurer l’accueil d’un hypothétique malade), nous avons réussi au bout de quelques mois, surtout par le bouche à oreille, à nous implanter sur plusieurs sites de Paris et de la banlieue pour y accueillir des membres de plus en plus nombreux au fil des semaines, raconte Robert Delplanque. Avec le nombre viennent et reviennent mais aussi s’en vont, nous quittent et disparaissent des hommes et des femmes qui étaient de notre  famille  et que nous pleurons quels qu’aient pu être les liens que nous avions tissés ».

Les patients viennent à tous les stades de leur maladie. Ainsi, à sa première visite, Michèle était en proie à une véritable panique. La parole étant toujours donnée en premier aux nouveaux venus, elle ne l’a pas lâchée pendant plus de deux heures. « J’avais demandé plusieurs avis et ces avis divergeaient totalement », explique-t-elle. « Nous l’avons remise sur des rails en l’orientant vers une consultation et nous l’avons aidée à retrouver un peu de sérénité », se souvient le Dr C.A. Planchon. D’autres trouvent là refuge, anéantis par le drame. Ainsi, ce jeune homme qui vient d’apprendre, sans autre signe précurseur, que ses jours sont comptés. Juste avant de découvrir son cancer, il était en train de refaire sa vie, loin de Paris, avec une nouvelle compagne et un nouveau boulot. Des fondations trop fragiles pour résister au chaos. Il sera rejeté ! Totalement déboussolé, il trouvera réconfort dans ce groupe de parole. « Des liens se sont tissés entre nous, raconte Hélène. On lui téléphonait, on l’invitait chez nous, on a essayé de lui donner du bon temps jusqu’au bout. On a même fini par se bercer d’espoir, à croire qu’il ne partirait pas. Alors, lorsque trois mois plus tard il est mort, ca a été un choc terrible ». « L’effet miroir » n’est pas simple à gérer pour tous ces hommes et femmes solidaires dans l’adversité. Pas plus que cette agressivité qu’ils prennent parfois en pleine figure. « Très rarement, mais nous l’avons vécu et on ne peut le taire, il en est qui nous rejoignent et qui en veulent au monde entier, qui nous apostrophent, nous interpellent, nous insultent presque, nous terrorisent, nous font des bleus à l’âme, nous font douter, peuvent aller en un reproche muet – il est des sous entendus qui font mal – jusqu’à nous culpabiliser de nous en être sortis. Nous avons appris à relativiser et nous allons jusqu’à comprendre leur désarroi », raconte Robert Delplanque. Mais parfois le Dr C.A. Planchon n’a pas d’autre choix que de leur interdire l’accès au groupe. Ainsi, il a du éconduire cette jeune femme de 36 ans, victime d’un cancer du rectum. En rage, elle ne pouvait admettre une amputation qui mettrait à mal sa féminité. Persuadée de trouver son salut dans des médecines alternatives, elle abandonne la chimio. Et couvre au passage d’injures ses compagnons de groupe qui étaient allés jusqu’à la soutenir financièrement.

Mais les plus nombreux ne sont pas de ceux là. « Il y a ceux qui trouvent dans notre groupe de parole et d’écoute l’oreille et le regard qu’ils ne trouvent pas chez eux, tant c’est difficile de prononcer tout net les mots terribles sans les édulcorer, d’être écoutés par les êtres que nous chérissons, qui n’acceptent pas que nous puissions être les victimes de ce terrible mal et dont l’œil se refuse à nous voir descendre de notre Olympe pour devenir simples mortels », raconte Robert Delplanque. Les proches poussent aussi les portes du groupe. « Ils viennent pour mieux comprendre, pour se rassurer, pour savoir que faire que dire ou ne pas dire, pour témoigner aussi de ce qu’ils vivent ou ont vécu … eux qui ont accompagné le conjoint, le frère, la sœur, l’ami ». Et Robert Delplanque de conclure : « Lors de nos tours de table, nous nous promenons du rire aux larmes, du sérieux au très léger, toujours dans une chaleureuse atmosphère familiale et très rarement en ne faisant pas bombance ». Un beau concentré d’humanité !